Liquider le passé
Le passé est souvent un boulet qui retient le présent. Tel événement a troué la vie, pareil à un cratère dont il est difficile de se délivrer. On se condamne soi-même, ou pire, on est prisonnier du regard des autres qui à tout moment peut faire surgir du passé une erreur, une peine, un drame.
Le prophète Isaïe est celui qui annonce un nouveau temps, comme un nouveau paysage dans la vie du peuple des Hébreux et de celle de chaque personne de ce peuple. Le passé, dit-il, Dieu n’y pense plus. C’est terminé, et allons de l’avant. Les images qu’il emploie sont saisissantes : dans le désert l’eau coulera et les chacals et les autruches seront ravis. Que dire des humains!
Saint Paul, dans son expérience de la rencontre de Jésus Ressuscité, utilise presque le même langage : « oubliant le passé, je cours pour remporter la couronne. » Un langage emprunté aux coureurs dans les stades.
Enfin, dans l’évangile de Jean, on amène à Jésus, qui se trouve près du Lieu le plus sacré de Jérusalem, le Temple, une femme prise en situation d’adultère. Ces hommes l’interrogent en brandissant la loi de Moïse qui ouvrait la porte à la lapidation. Le gestuel de Jésus, qui se baisse et se remet debout et se baisse à nouveau, est significatif. Il se baisse pour écrire sur le sol…ce qui fait réfléchir tous ceux qui l’entourent : réfléchissez avec moi, semble-t-il leur dire. Puis, Il se relève et répond : « Que celui qui est sans péché commence, qu’il lance la première pierre! » Et Il s’abaisse à nouveau. Une façon de les laisser à eux-mêmes, et le texte nous dit qu’ils s’en vont tous. Pas un seul ne reste là avec son passé dans la tête et dans sa tête de pécheur.
Le dialogue avec cette femme et Jésus est simple : « Personne ne t’a condamné? – Personne, Seigneur! – Moi non plus je ne te condamne pas, va et ne pèche plus. »
Jésus la libère de son passé, même récent. Il lui ouvre le chemin de la paix et lui indique un nouvel horizon. Il reconnaît le péché, mais la libère de toutes les lapidations dont elle aurait pu être la victime.
Qui sait si cette femme ne portait pas aussi son passé comme un boulet? Jésus lui dit : ‘ce boulet, n’en parle plus; désormais, vis en courant les vallées, en gravissant les montagnes, et jouant avec les enfants. Quelque chose en toi n’existe plus : ton passé de lourdeurs.’
Denis Veilleux