L’incarnation de la liturgie
Lors de la célébration eucharistique, nous entendons cette phrase : ‘Il est grand le Mystère de la foi!’ Il peut paraître que la liturgie soit un éloignement du corps et de l’esprit tout en étant ensemble à célébrer. D’ailleurs, nous répondons à celui qui préside, lorsqu’il nous salue par ‘Le Seigneur soit avec vous – , et avec votre esprit.’ C’est vraiment dans l’Esprit saint que nous sommes rassemblés pour être le Corps du Christ en son Église, communauté de foi et d’amour.
Pourtant, la liturgie est également une incarnation réelle. Celui qui préside est une personne jeune ou plus âgée, de telle nationalité, avec une manière de parler, de faire le gestuel, d’interpeller lors de l’homélie.
Cette incarnation de la liturgie est simple, directe, sans grands déploiements. Je dirais à proximité, dans la mesure où l’on sent la respiration de Dieu entre celui qui préside et l’assemblée. La liturgie est une respiration dans l’Esprit saint.
Lors d’une célébration, je fus touché par la simplicité du prêtre qui présidait. D’abord, le regard. Une invitation à nous tourner vers Celui qui nous rassemble. Ce regard ne s’impose pas, ne captive pas; il se livre humblement. Puis, le langage s’exprime dans des mots simples, vrais, loin de la vulgarisation, pour être comme tout le monde. Élever le langage dans la liturgie par le son de la voix, naturelle, qui n’abaisse pas le niveau du parler.
Lors de l’homélie, le prêtre nous expliqua en des termes que tout le monde comprenait que l’Esprit saint se reconnaissait par ‘le goût’. Il évoqua le psaume : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur. » Il nous invita à saisir ce goût par l’écoute intérieure, le senti, le contraire qui serait le dégoût, tout en insistant que cette écoute était un long apprentissage. Goûter Dieu n’est pas une chose banale, mais le reflet d’une expérience. Il termina en racontant qu’un jour, quelqu’un lui avait posé une question sur la foi demandant comment on peut connaître Dieu. Il avait répondu en expliquant que l’on ne pouvait que l’expérimenter, le vivre. L’autre répliqua : ‘donc, cela appartient à une élite?’ Le prêtre poursuivi en disant qu’il n’avait pu répondre à cette réplique tellement il en fut surpris. Or, il nous dit que si maintenant il avait à donner cette réponse il dirait : ‘oui, il s’agit bien d’une élite, celle des pauvres car Jésus a dit : « Père saint, sois béni d’avoir caché ces choses aux intelligents et de les avoir révélées aux tout-petits. » Ce sont eux, les tout-petits, qui sont les élites de l’expérience profonde de Dieu en eux, entre eux et autour d’eux.
La Liturgie de ce moment fut une véritable incarnation, celle où chacun se demanda quel était ‘le goût de Dieu en lui’ et s’il était ‘inclus dans les élites des tout-petits’. C’était assez pour nous combler dans la Puissance de l’Esprit saint.
Denis Veilleux