Les clés de la prison
Il existe des prisons réelles et d’autres, tout aussi réelles, mais non visibles. Ce sont les prisons intérieures. Un bel exemple dans les évangiles. La prison d’Hérode qui fait emprisonner Jean le Baptiste. Celui-ci l’interpelle en disant qu’il n’a pas le droit de vivre avec la femme de son frère, un autre roi. Qui est cette femme? Hérodiade. Étrange que leurs noms fusionnent. Hérode/Hérodiade. Elle déteste le Baptiste qui dit la vérité. Le texte nous apprend que le roi aime entendre le Baptiste. Il aime quoi? Entendre parler de Dieu! D’un monde différent de celui qu’il connaît. Le texte ajoute qu’après l’avoir entendu, il était embarrassé. Embarrassé de quoi? De la vérité qui le dérangeait. Or, le texte écrit encore qu’Hérode le protégeait. Le protégeait de qui? D’Hérodiade évidemment. De belles prisons intérieures, chacune avec leurs barreaux. Pourtant, une seule prison réelle que celle dans laquelle il a fait prisonnier le Baptiste. Qui sait si ce n’est que pour le protéger encore d’Hérodiade ? Elle peut avoir tous les subterfuges pour le faire disparaître. Une affaire de rien pour les puissants!
Mais, voici que la prison se déplace le jour de l’anniversaire du roi. Il fait entrer dans son donjon tous les dignitaires, les chefs des armées, son monde. C’est la fête! Et voilà qu’arrive la fille d’Hérodiade qui danse et fait frémir non seulement le roi, mais les invités.
Hérode, dans sa prison intérieure des convoitises fait un libre-échange. Il lui promet la moitié de son Royaume, mais il est si libre qu’il laisse la jeune danseuse faire son choix. Cette dernière consulte sa mère. La réponse est si simple : la tête de Jean le Baptiste. Et le choix est fait. Hérodiade avait donc les clés ou le code pour se rendre là où Hérode ne voulait pas l’amener. Elle entre par la porte royale d’un serment. Quelle gaffe!
Les prisons intérieures sont répandues un peu partout dans notre monde. Nous les voyons chaque jour aux informations. Des gens qui s’aimaient se déchirent et se tuent. D’autres inventent des intrigues et poussent leurs cachettes à dissimuler les actes. Mais, ne nous éloignons pas trop loin. Peut-être sommes-nous, nous-mêmes, tentés par ces appâts qui nous charment. La plupart du temps, tout commence avec un petit mensonge et les barreaux entourent la liberté des êtres pour leur faire croire à ce qu’ils racontent.
Ensuite, on en vient au secret. Un petit secret sur quelqu’un qui devient le secret des secrets. Des petites bombes à retardements. Tout cela si près de nous, de nos vies, de nos plans de vie. Où sont les clés ou les codes? Dans les jalousies, les envies, l’accusation, l’adversité, l’argent, l’honneur, la gloire, le mérite.
Éloignons-nous de ces prisons intérieures, luttons pour notre liberté sans clé ni code.
Denis Veilleux