La symphonie des arbres
Je me trouvais dans une grande cour. Des allées, bordées de plusieurs arbres, dessinaient le contour. Parfois, on y jouait au soccer et la voix des gagnants avait cette tonalité de joie tandis que celle des perdants se dégonflait de manière sonore. La joie comme la défaite ont leur voix. Ce jour-là, en fin d’après-midi, je m’assieds sur un banc. Il y en avait plusieurs. Plus loin, j’entendais sans comprendre la voix de deux personnes qui échangeaient.
Tout à coup, je me mis à observer les arbres. Ils étaient tous différents. La hauteur était la même, mais le corps de chaque arbre si différents. Je regardais cette parabole de la vie, découvrant les feuilles transfigurées de lumière. C’était comme des mains qui buvaient le soleil. Le vent venait d’un peu partout avec cette discrétion qui nous rafraichit un moment. J’étais, me semble-t-il, dans une symphonie où chaque arbre différent n’était pas parfait. Leur beauté se trouvait dans la communion des uns et des autres qui apportait cette ombre bienfaisante. La perfection était une composante de l’ensemble. Certains avait un tronc petit avec de hautes branches. D’autres, bien plantés, avaient des blessures dans leur maturité. Enfin, je vis un arbre complètement à rebours dans son développement. Des bosses tout le long du tronc. C’était la symphonie des arbres dont le chef d’orchestre les conserve tous ensemble pour couvrir de lumière les allées, mais également offrir leur ombre aux passants. Et les oiseaux dans cet univers jouaient leur mélodie.
Il n’était pas difficile de faire une application à nos personnes. Nous sommes comme ces arbres, tous et toutes différents. Or ensemble nous pouvons donner le meilleur de nous-même sans être parfaits. J’ai souvent contemplé des jardins où tous les arbres sont sculptés par des artistes de la terre. C’est aussi magnifique! Dieu fait les deux. Des jardins qui poussent avec des arbres qui portent leurs fragilités et des jardins qui sont des œuvres d’art. Dieu les aime, et qui sait si les moins parfaits n’ont-ils pas sa préférence? Certes, ils ont tous été plantés, mais d’un côté la nature et ses saisons les ont laissés grandir ensemble et leur ombre, comme leur lumière, nous enchantent. De même, nous admirons la main humaine qui a travaillé ceux dont on s’occupe nuit et jour pour les garder dans une unique saison : la meilleure.
Et moi, et vous, et toi, la lumière transfigure-t-elle la maturité de notre vie? Sommes-nous cette ombre qui rafraichit celles et ceux que nous rencontrons? Voyons-nous cet ensemble qui sans être parfait donne le meilleur? Enfin, sommes-nous dans l’admiration de voir ce qui nous dépasse?
Il me semble que dans l’amour, l’admiration sera toujours nécessaire. La symphonie des arbres dans l’amour est une admiration qui comble non seulement les yeux, mais aussi le cœur.
Denis Veilleux