J’ai vu et entendu

Les tribunaux du monde sont remplis de gens qui ont vu et entendu. Ce sont des témoins ou des victimes ou ceux qui ont commis ces actes répréhensibles.

Au Livre de l’Exode, au chapitre 3, nous avons cette extraordinaire expérience de Moïse sur la montagne de l’Horeb. Celle du buisson qui, tout en feu, ne se consume pas. C’est-à-dire qu’il ne détruit pas le buisson flamboyant. Moïse intrigué, fait le tour, et Dieu le voit et lui parle. En bref, Il lui demande de revenir au pays d’Égypte et devant Pharaon, d’insister pour faire sortir les Hébreux.

Dieu dit d’abord : « j’ai vu! » Qu’a-t-il vu? Des gens tendus, poussiéreux, travaillant la peur au ventre. De même, d’autres, moins nombreux, reluisants de leurs armures, tout aussi tendus, faire pression avec des fouets ou d’autres armes. Dieu voit la PEUR des uns et des autres.

Ensuite, Dieu dit : « j’ai entendu » des cris et des coups. Les cris sont poussés par les poussiéreux et les coups frappés par les reluisants. La PEUR a fait place à la SOUFFRANCE. Dieu a entendu la souffrance de son peuple.

Ce duo de souffrances, cris et coups, est l’expression audible des accablés et des contraints à la brutalité. Dans ce monde des dominés et des dominants, tous sont tendus. Les dominants ont la pression sur le dos, souvent contraints par une autre Puissance à faire ce qu’ils font. Ils ne sont pas libres, et cette situation empire à la mesure du poids qu’ils deviennent pour les dominés. Un monde de pression, de non-liberté, d’esclavage. Ils sont tous esclaves d’une Puissance qui ne se mouille pas le petit orteil dans cet univers d’opprimés.

Nous voyons et entendons ce monde d’hier devenu monnaie courante aujourd’hui. Que l’on découvre les nouveaux Pharaons, Nérons, Hitlers, ou Barbe-Bleu, ils sont tous pareils, à s’abreuver de pouvoirs et de démesures.

Que de fois nous crions vers Dieu en lui montrant ce que nous voyons! Nous espérons un rayon de soleil dans cette nuit du monde. La prière est celle des deux camps contraints de vivre l’un sur l’autre. Or, les Puissants Chefs font semblant d’être au front et retournent vite dans leur Palace manger le pain des pauvres.

La liberté des peuples passe par la liberté des personnes. Cette liberté ne viendra pas de la terre. Comme la parabole du figuier qui ne porte pas de fruit et de la sanction de le couper car il épuise la terre, le vigneron propose au maitre de la vigne encore un délai, le temps de mélanger à la terre un peu de fumier et d’attendre. Sinon, le figuier sera coupé. Enrichir la terre avec du fumier, c’est une image de tout le travail de conversion du vigneron. Ce n’est pas le fumier qui sauve le figuier, c’est le désir du vigneron qui ne s’en était pas occupé, de bêcher la terre afin de prendre soin du figuier pour qu’il vive.

Denis Veilleux

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