Faire parler les vivants
Décédée à l’âge de 58 ans, elle était la conjointe, la mère, la sœur, la belle-sœur, la tante.
On m’avisa de son décès, l’ayant connue vers l’âge de 17 ans dans un groupe appelé La Fraternité. Des jeunes de 15 à 25 ans, dans une paroisse où j’étais vicaire. Entendre son nom raviva en moi une mosaïque de souvenirs. C’était une jeune fille pleine de vie, avec un talent de comédienne qui servait nos présentations de ‘La nuit la plus longue’ le jeudi-saint; l’église était pleine à 23 h jusqu’aux petites heures du matin. Je ne l’avais revue depuis ce temps. Or, je connaissais son frère. Je me présentai au Salon funéraire, ne trouvant pas ce samedi une seule place pour me stationner. J’entrai dans le Complexe funéraire et je vis une foule qui échangeait devant chaque espace réservé pour chaque défunte ou défunt. Un univers en mouvements.
J’arrivai tout au bout de mon chemin où se trouvait la défunte et sa famille. Je pris le temps de prier et je m’approchai de son frère, si étonné de me voir qu’il fondit en larmes. C’était touchant. Après quelques propos, il me présenta ses deux fils dans la vingtaine que je n’avais jamais vus. Retrouvant les membres de cette famille, j’écoutais tout ce que l’on disait de celle que j’avais connue. La description était joyeuse. Jamais elle ne s’était plainte, toujours souriante malgré la douleur et taquine à faire rire son entourage. C’était bien celle que j’avais connue. Elle avait demandé les soins palliatifs. C’est alors que je dis : « Elle était pleine de vie! » Ce fut comme un Hourra!!! et on me répondit : « elle aimait tellement la vie qu’elle nous a dit : si jamais vous voyez que je m’en vais, vous me startez ! » La vie et l’amour avaient triomphés de ces heures difficiles.
Plus tard, je me dis que chaque maman- sauf exception- nous quittait en aimant. Je me rappelai ma mère et je me dis : maman est décédée en aimant.
C’était le rappel d’un témoignage où l’hymne à la vie était célébré.
Au verso de la carte de son beau visage, je pouvais lire son prénom et…’ce rire, ce sourire qui ne s’effacera jamais, toujours dans nos cœurs.’
On ne pleure pas dans un tel contexte, on aime…vivre!
Denis Veilleux