Bavards et solitaires
Dans l’évangile de Jean, nous lisons qu’au moment de la montée de Jésus, lors de la Pâques à Jérusalem, les rumeurs courent. Différents groupes de personnes se retrouvent dans ces échanges. D’abord, le premier réseau : les gens de la rue. Que disent-ils? Ils bavardent sur le Messie. Ce Jésus qui enseigne dans le Temple est-il vraiment le Messie? Certains disent non, d’autres peut-être. En tout cas, il est de Galilée et aucun prophète ne vient de cette région. Le bavardage est clos.
Ensuite, ce sont les chefs religieux qui envoient leurs gardes pour ramener le prophète de Galilée. Le monde est accroché à ses lèvres. Il parle, et ce qu’il dit les touche. Les gardes ne mettent pas la main sur lui, de peur d’être lynchés. Que diront-ils aux chefs qui les ont envoyés pour s’en prendre à Jésus? « Jamais homme n’a parlé comme cet homme! ». La fureur enrage les chefs qui, à leur tour, les accusent de prendre parti pour lui. Un dérapage entre eux qui envenime leurs relations.
Et puis, les chefs religieux continuent à humilier le peuple, en évoquant leur bêtise et leur crédulité. Pour eux, ce sont des moins que rien. Le mépris est leur doctrine. Triste réalité!
Le texte se termine sur une étrange finale. « Chacun s’en va chez soi ». C’est sans doute la meilleure des issues puisqu’elle permettra de faire le discernement sur tout ce bavardage. Chacun chez soi veut dire chacun en soi, dans son for intérieur, discernera l’identité du prophète. Un appel à la conscience.
On dirait l’ADN des réseaux sociaux qui bavardent pour ne rien dire, ou pour dire l’inutile. Ce qui peut être, parfois, un aéropage d’amitiés et de bonnes nouvelles à s’échanger devient un bucher où l’on guillotine les têtes. Comme le disait un ami : ‘il n’y a pas pire que les foules!’
Jésus est libre de tous ces bavardages et continu son chemin. Nous savons où cela le conduira. N’oublions pas qu’il le sait très bien et, surtout, pour qui il avance. Pour nous, ici et là dans nos mouroirs, nos jardins de Gethsémani, nos temples faits de mains d’hommes, nos idéologies trompeuses, nos méprisantes pensées. Il a subi tout cela en sculptant le monde avec la vérité qui rend libre. La sculpture de la Lumière.
Denis Veilleux