Les rendez-vous humains ont de si belles attentes lorsqu’il s’agit de revoir un ami, un frère, sa mère ou son père. Au quotidien, ce sera une table, un banc, deux cafés, du vapotage, et j’en passe. On se dira les nouvelles du jour et si le temps le permet des souvenirs. Le rendez-vous des souvenirs c’est aussi le bonheur.

Il y a des rendez-vous forcés qui tombent à une date, une heure, un mois, un soir, et mettent pour toujours un terme au prochain rendez-vous. La gamme est immense et large comme pour un piano éléphantesque sur lequel aucun pianiste ne peut jouer. Et pourtant on y arrive.

On a parlé sur tous les tons de la fin de vie de cette jeune Marylène qui en appelle une autre, Marilyn.

Elles se sont peut-être rencontrées là où il n’y a plus de haine, de sang, de cri et d’infamie. Plus de dispute entre homme et femme, entre homme et homme, entre femme et femme, entre adolescent et maman, entre fils et père. C’est un monde nouveau que nous pressentons parfois lorsque nos yeux lèvent plus haut que l’horizon de notre terre.

Marilyn a peut-être rencontré Marylène. Elles se sont regardées dans le prisme de la miséricorde qui ne venait pas d’elles. Ça, elles le savent toutes deux. Leurs chemins ont emprunté les sentiers de la misère et de la nécessité. Le sentier de tant de produits qui rendent lentes les réactions ou les propulsent pour trouver, avant la fin du drame, la clé de la fin du drame.

Marylène de son côté n’avait vu que la tête blonde de Marilyn sur des affiches. Elle s’était peut-être dit que son prénom venait d’elle. Marilyn de son côté a compris sans parole que la dernière arrivée serait peut-être la première dans ce monde nouveau.

« Certaines et certains vous précéderont dans le Royaume des Cieux » a dit un certain prophète de Nazareth. Il savait le drame de ces cœurs torturés par le système. D’elles, il a dit qu’elles s’étaient « converties à la parole du Baptiste ».

Dans le cas de Marylène et de Marilyn, la conversion est passée par leur départ tragique. Peut-être espéraient-elles un jour que la lumière les transfigure autrement que par les réseaux de misères et de dépendances.

Les rendez-vous des misères existent, nous le voyons bien. Sur le coin d’une rue, derrière un édifice le soir, dans une chambre d’hôtel ou d’autres maisons ouvertes appelées closes. Le rendez-vous de la misère financière avec la misère morale, le mal de vivre et le déluge de violences.

Marilyn si vous pouviez dire une parole pour que l’on comprenne un peu ce qui se passe en ce monde que serait-elle?

– Je vous dirais mais vous n’y croiriez pas!

Et toi Marylène, si tu pouvais nous dire quelque chose :

– Je te dirais que j’avais 22 ans dans ton monde où je ne viendrai plus.

Seigneur, nous balbutions. Nos mots sont pauvres.
Nous te demandons de prendre dans ton cœur toutes les Marylène du monde.
Et nous n’oublions pas ce que tu as dit en plein vertige sur la croix : Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font!
Nous prions pour les victimes et les bourreaux.
Aide-nous à nous aider. Amen

Denis Veilleux