N.B.: Au moment où j’ai écris ce texte le retour du crucifix à l’hôpital Saint-Sacrement n’était pas annoncé. Mais je vous livre quand même le texte.

L’an dernier je me trouvais à Puebla au Mexique. Après avoir visité un sanctuaire dans les hauteurs, je suis descendu par un chemin qui nous menait tout droit dans une rue où se trouvait un bar-restaurant. Comme il faisait chaud, je me suis assis et  j’ai pris une boisson pour me rafraîchir. Je vis sur le mur la photographie des ancêtres qui avaient fondés ce bar-restaurant dans les années 30. Les jeunes qui nous servaient étaient leurs descendants : tous dans la vingtaine, avec des yeux pétillants de vie comme ceux de leurs ancêtres. Ils avaient donc reçus ce qu’on leur avait transmis. C’était beau de voir cette jeunesse. Évidemment, s’étaient ajoutés bien des éléments, dont un téléviseur pour voir les matchs en direct ou en différé, et autres décorations. Mais on avait conservé des choses comme un legs patrimonial, une sorte de testament de continuité qui faisait leur joie.

C’est alors que je remarquai un crucifix dont l’originalité me saisit. Génial! Tout avait été confectionné avec les éléments qui correspondaient au service qu’ils offraient aux gens. Les poutres de la croix étaient faites en paille, une partie du corps du crucifié avec une cuillère  pour représenter la tête, deux fourchettes sans les manches pour le corps comme si on voyait les cotes du crucifié, et autres éléments originaux qui ne pouvaient nous éloigner un seul instant de la réalité du signe d’un crucifix exprimant aussi leur foi. La leur, qui fut celle de leurs ancêtres croyants. De la continuité dans l’aujourd’hui.

Dans un hôpital, comment proposer un crucifix neuf et conserver la neutralité? Ne pourrais-t-on  s’inspirer de cette idée et demander que l’on fasse une œuvre en insérant divers objets reliés aux services que l’on propose et en faire une présentation sans en être « captif »? Des ciseaux, un bistouri, un appareil pour écouter la pression, une seringue. Je suggère pour éviter un art trop flyé des instruments d’époque de 1927 qui pourraient drôlement nous intriguer. Nous poserions des questions pour comprendre avec quoi on a fait les membres d’un corps avec ces instruments de soins pour l’époque.

On parle de patrimoine religieux, patrimoine de la santé, patrimoine de la neutralité.

Les jeunes mexicains de Puebla étaient fiers, eux, de nous offrir un jus d’orange pressé, ou un coca-cola ou une bière en exposant sous nos yeux leur crucifix dont l’ADN indiquait que Jésus pouvait être aussi représenté dans le bar-restaurant, avec musique en sus et leur joie de vivre après taxes.

Demandez que l’on confectionne un crucifix qui remonte à l’époque des sœurs de la Charité de Québec qui fondèrent cet hôpital en 1927 en s’inspirant des instruments dont elles se servaient pour soigner la vie. Le crucifix fut certainement dans bien des cas le meilleur médicaments pour soigner toute la personne sans neutralité.

Denis Veilleux