Un malade en fin de vie a demandé l’aide médicale à mourir. La raison : ne pas être un poids pour les autres, notamment son entourage qui a bien autre chose à faire. Une telle réflexion est accablante sur le constat que nous faisons non seulement de nos proches mais également sur notre société. Si nos proches, notre propre famille ne peut supporter cette charge- qui veut dire poids- de notre fin de vie qui requiert une présence affectueuse, lucide et réconfortante, quel désert de solitude? Autrement dit : donnez-moi ce qu’il faut pour mourir et laissez mon entourage faire ses emplettes et courir ses heures de travail. Comment sommes-nous arrivés à une telle réflexion? Sommes-nous à ce point privés de gratuité, de gratitude, de compassion pour laisser partir dans la mort un seul membre de notre société sans l’avoir aidé non pas à mourir mais à vivre ce départ ? Ne serions-nous pas en face d’un déficit d’attention majeure à l’autre, aux autres, qui ont compris que la gangrène de l’individualisme et de l’égoïsme se rendait jusque là?

C’est tout le contraire de l’évangile qui invite à prendre soins des uns et des autres dans l’amour et la bienveillance.

Quand Jésus demande aux apôtres de veiller et de prier avec lui au jardin de l’agonie, il exprime le contraire de cette pensée d’être un poids pour les autres. Il n’est pas un poids, il est, en cette nuit à Gethsémani, cet homme qui représente toute l’Humanité dans ce combat contre le Mal qui l’amènera à boire la coupe et à s’abandonner complètement à la Volonté de son Père pour nous justement. Il n’est pas un poids pour nous il est celui qui a porté tout le poids de nos péchés, y compris l’égoïsme, pour nous en délivrer.

Les pensées de nos sociétés de confort auraient-elles miné cette compassion jusqu’à la racine de nos familles? Comment un père de famille âgé ou une maman fatiguée à ce point peuvent-ils penser être un poids pour les enfants qu’ils ont mis au monde, nourri, lavé, habillé? Les parents ont payés du poids de leur vie pour leurs enfants, mais ont-ils pris le soin de leur enseigner la gratuité, la gratitude, le respect. On peut se le demander. Peut-on penser que la famille puisse s’élargir en un réseau social de bienveillance et de compassion réelle?

Le pape François nous provoque souvent sur cette société du jetable. On jette tout après usage. Est-ce que nous allons jeter notre vie en appelant le secours de l’aide médicale à mourir au moment où nous avons le plus besoin de vivre soutenu par nos enfants et notre entourage? Et si nos enfants font défaut, allons-nous espérer que des personnes humaines soient humaines pour nous en ce moment de notre fin de vie? Humaine dans le sens de nous aider à vivre notre mort et non pas à mourir notre vie.

Denis Veilleux