Cette semaine je recevais deux jeunes travailleurs pour des réparations chez moi. L’ainé, dans la jeune trentaine, et l’autre autour de 20 ans. Le plus jeune me dit en me voyant :

‘ moi j’ai 16 ans d’expérience et je suis le directeur tandis que mon copain n’a que deux ans d’expérience.’ Visiblement c’était le contraire. Il y avait de la joie dans les regards. Je remarquai tout de suite que l’ainé portait une croix en argent qui descendait sur la poitrine. Je lui dis : ‘ tu portes la croix comme moi!’ J’avais aussi ma croix- différente- au cou et qui descendait sur la poitrine. Il me répliqua : ‘ je suis croyant monsieur!’ Il m’appelait toujours monsieur. Et il me montra sur son bras droit entièrement tatoué, une croix et ajouta : ‘j’ai fais écrire le mot famille.’ Le ton était donné à ces deux travailleurs qui firent leurs manoeuvres avec brio. Je les regardais travailler. Chacun savait quoi faire et ils se complétaient. C’était plein de vie! Plein de vie!

L’ainé me dit qu’il avait trois filles. Une de 5 ans avec les yeux bleus, une de 3 ans et demi, brune avec les yeux bleus, et la petite d’un an, blonde avec les yeux bleus. Je lui dis : ‘ la mère doit avoir les yeux bleus comme les tiens! ‘ C’était plein de vie! Plein de vie!

Lorsqu’ils eurent terminé ce pour quoi ils étaient venus, je leur demandai s’ils pouvaient me rendre un petit service : ils bondirent en me disant : OUI! Plein de vie! Il s’agissait de remettre quelques meubles car je ne pouvais le faire seul. C’est alors qu’après avoir payer la facture, je leur demandai ce que je ne fais jamais : ‘ acceptez-vous que je vous prenne en photo? ’ Ils furent surpris, mais tout souriant ils acceptèrent. C’était plein de vie! Plein de vie! Ils se dressèrent tous deux et avec leur pouce levé ils exprimaient sur la photo  leur contentement. Puis je leur donnai deux bonbons citron ramenés d’Italie en leur disant : ‘ je suis sûr que vous n’oublierez jamais!’ Je savais ce que je leur donnais. Plein de  vie, plein de citron. Ils partirent à la hâte.

Comme je voyais qu’ils ne quittaient pas le stationnement, je vis sur ma table qu’ils avaient oublié leurs clés. Je me pressai pour les leur donner. Tout en cherchant leurs clés, ils savouraient leurs bonbons citron d’Italie. C’était plein de vie, plein de vie! C’est alors qu’en remettant leur clés je dis : ‘ vous avez tellement aimé les bonbons que vous en avez oublié vos clés!’ Ils riaient! ‘Merci monsieur!’ Toujours monsieur.

Plus tard, en regardant la photo de ces deux jeunes travailleurs je me dis mais pourquoi? Puis je compris qu’ils ressemblaient aux apôtres de mon roman Jésus le chemin des oiseaux.

Surtout le plus jeune dans le rôle de Jean fils de Zébédée. Ils étaient pleins de vie. Les Apôtres choisis par Jésus sur le bord du lac de Galilée devaient être comme ça. Plein de vie!

Denis Veilleux