Le monde si grand hier est devenu tout petit, et de jour en jour nous en éprouvons l’expérience. Le monde, la terre, la nôtre, diffusent à une telle vitesse les secondes des événements que tout est si proche, si près. Il n’y a plus de distance, de délai qui permettrait un regard objectif des choses. Tout est dans le subjectif, le sentiment immédiat.

Et pourtant nous saisissons de manière neuve la grandeur de notre petit monde dans la grandeur de l’univers inachevé dans ses découvertes. David St-Jacques dans l’espace est dans notre visionneuse presque tout le temps. Si loin et si près.

Peut-on espérer que le temps se distende entre les événements et donner une saveur différente de la toute dernière nouvelle que l’on s’empresse à répéter. La vitesse avec laquelle nous avançons est paradoxalement si ralentie par le rectangle des téléphones portables que nous croisons ici et là. Ce ne sont plus des personnes qui portent le portable c’est le contraire : le portable porte la personne accrochée dans sa démarche à la toute dernière nouvelle. Ne vous est-il pas arrivé de foncer sur quelqu’un qui vous précède parce qu’il s’est subitement arrêté dans sa conversation avec son interlocuteur portable en mains? Quand j’étais petit et que nous entendions une personne parler toute seule dans la rue, nous étions inquiets.

Tout va vite mais tout est ralenti par le manque de temps que nous avons besoin pour créer, recréer les espaces entre-nous. On a parfois plus rien à dire tellement la nouvelle d’hier n’a plus de poids dans celle d’aujourd’hui.

Le temps du charpentier Jésus, celui des trente années à vivre avec les siens à Nazareth m’impressionne toujours. Il a creusé dans son humanité tout le savoir et l’amour pour ensuite partir. J’aime ces trente années parce que la suite sera de courte durée. Quel fut le portable de Jésus? Son amour pour le Père et  pour nous. Quelle fut la plateforme de Jésus ou son portail? Ses parents à Nazareth. Quel fut le web de Jésus? Le travail sur les chantiers ou la fabrication d’une table dans l’atelier de Joseph.

Le monde est petit et grand. Nous lui ressemblons.

Denis Veilleux