Une chanson de Félix Leclerc raconte, tel un marché aux puces, la vente du pays aux USA en nous chantant le même refrain comme des litanies : oui, mais on a une belle vue! On peut vendre son bois, sa forêt, sa terre, son puits, ses bâtiments, son patrimoine, pourvu qu’on ait une belle vue!

Il n’est pas faux que la belle vue à un prix. Quelqu’un me décrivait cette semaine ce qu’il voyait de son logement. L’autre logement. Cela n’avait pas l’air réjouissant pour ce jeune d’à peine 20 ans.

Où mettre ses yeux dans cette période difficile? Vers le haut, le bas, tout autour? Parfois même les fermer?

Le petit écran et, pour ne pas dire les murs d’écran sont entrés depuis longtemps dans nos maisons. Plus grand que nature! Et là, on se laisse prendre par les vagues ininterrompues de toutes les informations qui reviennent en boucles à mesure que la journée avance, Ça vieillit vite une information. Et nous sommes dans cette spirale, captifs du regard des autres qui nous proposent leurs visions du monde. Éreintant, on peut l’avouer.

Où mettre ses yeux? Sans quitter le réel, comment trouver le moyen de renouveler son regard? Et si c’était de prendre une boite, laissée dans un placard, ou sur une tablette, pour mettre ses yeux dans des photos familiales? Replonger dans votre enfance, votre passé, les bonheurs en noir et blanc. Vous trouverez la photo d’un baptême, d’un mariage, d’une fête familiale. Ou cet oncle ou tante depuis longtemps dans l’autre monde. Mettre ses yeux dans des souvenirs et laisser monter en vous le meilleur. Un dégagement bénéfique qui nous allège d’un poids réel et qui pourrait durer des heures.

N’allez pas au fond de la boite mais laissez d’autres photographies vous surprendre pendant des jours. À petite dose pour savourer.

Où mettre vos yeux? Dehors! En personne ou par le biais d’une fenêtre. Je vous assure que vous verrez du nouveau?

  • Tiens, je n’avais jamais vu ce petit arbuste!

Ou bien :

  • C’est plus grand que je ne le pensais, ce jardin!

Et si vous levez les yeux vers le haut, peut-être qu’un morceau de ciel vous surprendra.

Une amie me dit : je sors dans la cour et je fais quelques pas.

Elle met ses yeux dehors, à sa portée, respire un autre air, ne fais pas des kilomètres mais ressent que cette sortie est une sortie pour rentrer par la suite dans son logement. Un petit voyage dehors n’est pas banal pour mettre ses yeux ailleurs.

Jésus disait à la foule : « Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera très chaud, et cela arrive. »

Luc 12, 54

Aidons nos yeux à aider notre cœur.

Denis Veilleux