Les mots de notre langage sont souvent trompeurs ou équivoques. Le mot paradis nous renvoie à une forme de vie heureuse par-delà cette vie sur terre. On disait : le paradis à la fin de vos jours! Récemment, lors des lectures de l’Évangile, nous entendions Jésus dire au larron qui lui confiait : Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. Un bonheur pour les deux crucifiés.

Mais cette semaine, le mot s’est promené un peu partout avec un autre qu’on lui a racolé : fiscaux. Paradis fiscaux. Nous avons dans la même expression ce qu’on peut appeler une négation du premier par le second. Le mot paradis est volé par le terme fiscaux. Comme le Don de la présence de Dieu l’est par un détournement volontairement caché de sommes d’argents importantes. Une expression qui s’annule. Ou bien ce type de paradis occulte est un bonheur couvert d’argent et d’or pour éviter qu’on ne le sache. Une pratique dont les adeptes sont légions, parmi les fortunés de ce monde.

Et pourquoi on a recours à ces stratagèmes? Pour éviter de donner à ce monde ce qui lui revient en terme de partage des richesses. Quand on nous dit que les plus riches deviennent plus riches et que les pauvres sont plus pauvres, nous en avons  ici une illustration.

En dehors de ces paradis fiscaux, les gens riches manipulent encore des millions. Comment comprendre cette difficulté du partage réel des richesses dans un monde qui crève de misères?

Jésus dit : Méfiez-vous de l’appât du gain. Un appât est un piège. Méfiez-vous du piège de l’argent qui vous emportera dans ses cachettes au risque de vous accuser devant la société et ses pauvres.

Le rapport à l’argent demeure un défi autant pour les riches que les pauvres. Il y a beaucoup de pauvres qui dépensent pour des choses inutiles comme des riches qui accumulent maisons sur maisons, autos, bateaux, condos partout sur la planète.

Une preuve que l’argent est un piège pour tout le onde : les lotos qui fleurissent partout dans les pays. On fait des kilomètres pour se donner l’impression que l’on va gagner le million ou les millions.

Un ver qui ronge, une rouille qui gruge, des mites qui dévorent. Ce sont les termes employés par Jésus pour décrire ce que produisent ces pièges.

Au contraire, Il nous invite avec l’argent malhonnête de nous faire des amis qui nous accueilleront dans les demeures éternelles.

Le vrai paradis est celui de l’amitié et non pas de l’égoïsme qui nous fera toujours reculer d’un cran vers le contraire du partage et de la générosité. Toutes les raisons seront bonnes pour ne jamais donner. Cette tentation nous guette tous, moi le premier.

Mais en être conscient est une lumière, une chance qui nous permet parfois d’oser vider notre coffre aux trésors, tout au moins en partie.

Les paradis fiscaux sont des fantômes réels qui empêchent ceux qui les créent de dormir.

Denis Veilleux