Dans la Bible il existe une belle histoire qui commence mal.
Un père devient aveugle par l’échappement imprévu de la fiente d’un oiseau de passage sur ses yeux. Il n’y voit plus. Son fils, accompagné par un ange, part afin de trouver le remède. Il part longtemps et la cécité est une épreuve. Ils attendent la lumière pour trouver le remède.

Le fiel d’un poisson sera le remède. Le fils reviendra longtemps après vers son père pour enfin déposer sur ses yeux malades ce fiel qui lui rendra la vue.

Une histoire d’amour et de fidélité entre un père et son fils, entre l’Humanité de ceux qui souffrent et qui ont besoin de guérison, d’attention.

La fiente des oiseaux : ce peut-être bien des soucis, des aveuglements, des échecs. C’est peut-être aussi toutes ces paroles qui nous tombent dessus et qui nous blessent. Enfin toutes ces icônes de pouces à l’envers, de têtes de morts, de visages aux mille grimaces, qui exécutent sur le champ une personne sur la toile. Vous comprenez?

Qui trouvera le fiel du poisson pour guérir ce déluge déshumanisant? Je l’ignore. Mais il faudrait des Tobith comme celui de la Bible pour trouver une solution et guérir tous ceux et celles dont les pupilles ont été abimées par ce qu’elles ont lue.

Il y a fort longtemps je me trouvais dans la grotte de Bethléem et je célébrais avec un tout petit groupe la messe à l’endroit de la mangeoire. C’était l’époque où l’on faisait l’apologie de Facebook. Le fondateur se réjouissait d’avoir des millions d’amis. Dans la brève homélie, j’ai simplement parlé du petit groupe que nous formions, unis par le don de l’eucharistie célébrée. C’était notre véritable force d’amitié en Jésus. Puis j’ai ajouté : « ce n’est pas possible d’avoir des millions d’amis! ». Je le crois toujours. Pire, nous assistons au renversement de l’amitié proposée en un déchainement de haines.

Et si ce temps du Carême nous aidait à une attention plus grande envers nos paroles, nos expressions, notre vocabulaire sous l’angle de la bienveillance. Ce qui n’empêche aucunement de nous parler en vérité. Une retenue de nos instincts critiques et enfin l’usage de tous ces réseaux pour le seul bien de l’Humanité. Guérir les yeux malades avec des gestes de bontés.

Denis Veilleux