Nous assistons tous les jours à des mondes parallèles. À la Une d’un journal cette semaine, une jeune maman dont l’enfant nu est collé à elle, traduit l’urgence de la famine mortelle dans un pays d’Afrique. Nous sentons toute la douleur de la maman et le silence de l’enfant dont la seule présence de sa mère le nourrit. Ces images ne cessent de faire le tour de nos mondes depuis des décennies et on n’arrive pas à soulager cette misère.

D’un autre côté, tous des Galas, ces Soirées où l’on s’offre des Prix dont la démesure éclate sur nos écrans avec cette frénésie des tapis rouge qui voient défiler les vedettes dont les corps sont surexploités tellement les poitrines n’en peuvent plus d’être photographiées. Le revers d’une médaille dont celle-ci n’est pas en or mais en peaux humaines déjà ridées par l’exploitation de leur propre vie au service du culte des idoles.

Un paradoxe dont les faims ne sont pas différentes de ceux et celles qui meurent de faim.

Les mondes parallèles, les Basse-Ville et les Haute-Ville, les bidonvilles et les Tours luxueuses, les vêtements signés et d’autres dégriffés.

Les mondes parallèles sont dans les évangiles. La cour d’Hérode le Grand et d’Hérode Antipas avec ses festins et anniversaires à faire couler le vin dans le sang et demander que la tête du Baptiste soit apportée sur la scène devant les spectateurs grisés. Et ces dix lépreux qui n’ont pas d’autres voix que celles de leurs clochettes pour indiquer leur présence afin de faire fuir la santé à l’exception du médecin Jésus, venant de Galilée, qui se laisse approcher par leurs misères. Il les guérit tous, mais un seul reviendra rendre grâces à Dieu. La guérison n’est pas signe de gratitude.

Les mondes parallèles ne le sont plus lorsque le cœur se met au centre pour aimer, aider, pardonner et faire un bout de chemin dans la vie des autres qui ont besoin. Tant de mains s’offrent chaque jour pour apporter cet oxygène au corps de l’Humanité dont Jésus a dit qu’Il était le Sien : malade, nu, affamé, prisonnier, étranger.

M’as-tu vu ? dit Jésus. M’as-tu écouté ces jours-ci? dit Jésus. M’as-tu soutenu dans ma peine? dit Jésus. Étais-tu là quand j’y étais ? dit Jésus.

Denis Veilleux