Le monde doit-il se réduire à du cinéma ou la téléréalité est en train de prendre les dessus sur le réel? La fusion ou l’infusion de tant de réseaux de communications semble promettre d’utopiques années «lumières» jusque dans le monde politique d’ici ou d’ailleurs.  Nous n’avons qu’à penser aux informations en boucles, à la limite de la nausée. L’assaut des médias est tel qu’on en oublie le reste, à commencer par la vie elle-même.  Combien de nos contemporains vivent par procuration? C’est-à-dire, vivent sur le dos des informations sans arrêt.

Il faut un puissant rêve pour ne pas se laisser dominer par cette furie du virtuel.

Oui, il faut un puissant rêve pour nous tenir dans le réel, le seul qui nous soit donné, et pour ne pas se soumettre à l’appétit de spectacle, voire se muer en acteur ou actrice de ce faux monde empoisonné.

Oui, le puissant rêve n’est ni américain, ni européen, ni russe, ni du Sud, ni du Nord, pas davantage d’Est ou d’Ouest. Le puissant rêve est celui de la vie humaine retenue à sa dimension humaine. Vive le 24 heures! Vive les saisons, le ciel étoilé, vive l’enfant qui naît, vive la maman, vive le papa, vive l’apprentissage du langage, vive la boulangerie, vive l’océan, vive la voix humaine, vive l’oiseau, vive le puissant rêve de ne pas faire de notre vie un cinéma – pour les autres, de surcroît.

Le puissant rêve ressemble au Royaume des Cieux dont nous demandons en priant que la Volonté du Père soit faite sur la terre comme au ciel de notre cœur.  Il est tissé de prières requérant le pain de chaque jour pour les estomacs de toute la planète. Il est supplication pour la libération de toutes nos chaînes – égoïsmes compris – afin que soit ouvert le même chemin lumineux et pour nous et pour ceux qui nous ont fait tomber. Il est enfin le frein appliqué contre les enfers de dernière minute. Nous avons alors, par la puissance de Dieu Lui-même, le pouvoir d’y mettre fin grâce à notre liberté retrouvée.

Il ne sera jamais trop tard pour se ressaisir avec Dieu et vivre le puissant rêve du réel, aujourd’hui.

Denis Veilleux