La souffrance a plusieurs visages. Le plus souvent cachés.
Elle est à la fois un mystère et une réalité concrète. Elle touche à la fois l’âme, l’esprit, le cœur et le corps.

Que serait l’amour sans la souffrance de celle ou celui qui aime? Elle n’est pas d’abord un prérequis pour aimer, mais qui aura véritablement aimé sans souffrir? Dans toutes les sphères de notre vie, il y a des hauts et des bas. La maladie, les ruptures, la tristesse des départs, les deuils.

Certes la souffrance est appelée à être soulagée dans des maladies physiques et psychologiques. Calmer les tempêtes intérieures et les ouragans du monde. Tout cela nous le comprenons facilement.

Mais la souffrance est devenue comme un adversaire à éliminer à tout prix. Peut-elle être un diamant à ciseler? Non pas pour la laisser ravager nos existences mais comme un sculpteur en ferait une œuvre d’art.

Toutes les vies sont marquées par des souffrances et lorsque la relecture se fait de manière lumineuse, nous découvrons que l’étroit chemin traversé ou la mer en furie, nous amène sur d’autres rives.

Si nous acceptons la souffrance comme un chemin de croissance nous irons à la vie, même si la mort pointera son jour.

Ici, l’invitation libre est faite de lever la tête et de regarder Jésus, le Fils de l’homme qui répète à qui veut l’entendre : « Quand je serai élevé de terre j’attirerai à moi tous les regards. » Cette Parole se réfère à l’épisode des Hébreux au désert et des morsures de serpents. Et pour ne pas mourir, Moïse avait élevé un serpent d’airain. En regardant le serpent ils étaient guéris. La morsure fut une souffrance, or elle poussa à chercher la guérison. Jésus a porté nos souffrances dans une acceptation qui reflète tout l’amour du Père pour nous. Il a pris notre place, place qu’il nous prépare dans les demeures du Père.

Peut-on parler du diamant de la souffrance ? Les épreuves ont-elles encore un sens dans la qualité de vie que nous cherchons? Il serait illusoire de ne chercher en ce monde qu’une vie facile complètement hors des difficultés, épreuves, contraintes et souffrances.

Nous naissons dans un acte de vie où la souffrance et le sang sont vus entendus. Mais quelle joie pour la mère et le père de voir et entendre les premiers pleurs de l’enfant qui nait?

Avons-nous perdu la mémoire de la vie qui nait, de celle qui croit, qui grandit? Avons-nous oublié les premiers pas trébuchants, les fragilités de jeunesse, les redressements intérieurs, les batailles vaincues? Où est passé le courage de vivre, d’espérer, de combattre, de ne pas nous laisser envahir par la descente vers nos enfermements.

Mais en perdant le sens de notre vie qui doit passer inévitablement par la mort, nous évacuons l’intelligence dans la capacité de porter notre croix chaque jour.

Nous risquons de perdre non seulement la foi en Dieu mais davantage donner un sens dévié et erroné de notre vie.

La souffrance demeure dans le Mystère et qui supprimera le Mystère dans la vie humaine supprimera en même temps la beauté du diamant.

St-Paul écrivait : « que la croix était un scandale pour les Juifs et folie pour les païens », mais il ajoutait qu’elle était « la sagesse pour ceux qui ont mis leur foi en Jésus. » Tout est dit.

Entrer dans l’Offrande de Jésus et communier à sa Vie restent indissociables. C’est le même mouvement, le même sens, la même direction vers le Père.

Enfin, à quelle humilité sommes-nous appelés, car toute souffrance aura besoin d’une main, d’une parole, d’un regard, de la chaleur de l’amour et de l’amitié. Tout ce qui vient avec, et qui demeure humainement et spirituellement grand, ne peut être perdu.

Denis Veilleux