Pour souligner le passage au troisième millénaire, le pape Jean-Paul II a voulu célébrer un long pèlerinage. Un pèlerinage de la foi en Dieu, du chemin de l’Église catholique, et de la vérité libératrice de l’Histoire. Il désirait se rendre d’abord à la ville de Ur en Chaldée – Irak actuel – le berceau d’Abraham d’où il partit à l’appel de Dieu, en direction d’une autre terre. Nous savons aujourd’hui que le pape Jean-Paul II n’a pu le faire, bloqué par les États-Unis d’Amérique qui n’estimait pas que ce voyage le mène en Irak, celui de Saddam Hussein. Le pape Jean-Paul II, comme si c’était prophétique, a fait un pèlerinage virtuel dans la Salle Paul VI à Rome comme s’il avait été physiquement à Ur.

L’année suivante ce fut le déploiement des États-Unis d’Amérique contre Bagdad. Toute l’Humanité attendait ces événements avec stupeur. Le pape Jean-Paul II envoya le cardinal Roger Etchegaray en personne – Président du Conseil Pontifical Justice et Paix – rencontrer Saddam Hussein en vue d’une issue pacifique. J’ai interviewé quelques années plus tard le cardinal.

Comme j’en ai déjà fait mention, je peux raconter que j’ai eu l’idée de faire parvenir une lettre au pape Jean-Paul II avant que n’éclate le conflit et le bombardement de Bagdad. Dans ma lettre, je demandais au pape Jean-Paul II d’inviter librement les cardinaux du monde qui le voulaient, à se rendre à Bagdad. 30-40-50-60 cardinaux à Bagdad, placés dans différents points de la ville, me semblait un élément fort pour dissuader les frappes américaines. Le pape Jean-Paul II a-t-il reçu ma lettre? Ce que je sais, c’est que le cardinal Roger Etchegaray l’a reçu en mains propres et que je demandais qu’elle soit remise au pape Jean-Paul II. J’ajoutais dans ma lettre que j’étais prêt à m’y rendre personnellement.

Vingt ans plus tard, ce ne sont pas les cardinaux qui se rendent en Irak, mais le pape François lui-même. Dans un pays explosif à tout rompre, il se rendra à UR en pèlerinage – si Dieu le veut comme on dit – dans le berceau d’Abraham et autres villes stratégiques.

Le contexte : confinement total à cause de la pandémie, non seulement sanitaire mais celles des clans. Sans papamobile, on pourra néanmoins le voir et l’entendre sur toutes les chaines télévisées non seulement en Irak mais dans le monde entier. Son message : « Nous sommes tous frères et sœurs d’un Dieu Unique, le Dieu d’Abraham. » Puis, il viendra consoler ces chrétiens dont les stigmates ne sont pas encore refermés de la passion subie en 2015. Un si vieux pays avec de si fraiches meurtrissures. Un pape de 84 ans, argentin, devant une civilisation millénaire aux multiples batailles. Un homme, à la suite de François d’Assise qui avait eu la candeur d’écrire une Lettre au monde entier dans les années 1220, il y a huit cents ans.

Le Vatican a informé cette semaine, que le pape ne pouvait faire plus de 10 pas à cause d’une sciatique.

On ne peut être plus petit et faible dans une situation hors du commun. Si Dieu est Grand, c’est parce qu’Il est petit entre nos mains.

Prions ensemble frères et sœurs, soldats ennemis, pays voisins qui ne s’accordent pas, forces étrangères qui poussent leurs chars. Prions le Dieu d’Abraham; cela devrait nous aider à comprendre que la couleur de notre sang est la même.

Denis Veilleux