Le grand acteur Michael Lonsdale nous a quitté le 21 septembre dernier à Paris. J’ai eu le privilège de le rencontrer 2 fois. La première étant une demande d’entrevue à laquelle il s’est librement livré. Je suis entré dans un appartement d’un autre monde qui me plut après qu’il nous eût ouvert la porte. Mon Dieu qu’il était grand, et son regard, profond. Tout semblait ancien dans cet appartement, des manteaux et des écharpes pendaient ici et là aux crochets des murs. Un peu sombre dans l’ensemble, mais l’entrevue fut lumineuse. Vous l’aurez sans doute entendu sur nos ondes quelques fois et, ces jours-ci, il est cette voix unique à l’émission ‘Musique et Monde’ en matinée sous la baguette musicale de Mario Blouin. À la toute fin de l’entrevue à Paris, je lui demandai de faire une présentation d’une animatrice à Radio Galilée; il s’agissait d’Isabelle Lemieux-Lefebvre. Il s’y prêta avec gentillesse.

Et puis, je demandai à le rencontrer personnellement quelques années plus tard. Il me donna rendez-vous dans un bistrot-restaurant autour de 16 h, certain que nous serions tranquilles. Il ne s’agissait pas d’une entrevue et il ne se doutait pas de l’objet de ma demande. Nous avons été près d’une heure et demie ensemble. Il avait vieilli comme moi et se préparait à célébrer ses 80 ans. Il me parla d’une cérémonie sur un bateau avec des amis. Il avait toujours ce même regard profond, une lampe révélant les profondeurs d’une expérience humaine et spirituelle. Il était profondément croyant.

Nous avons parlé durant tout ce temps de la voix humaine, du langage, du silence, et des sons. C’était magnifique! Au-delà des mots les sons, au-delà des sons l’émotion, au-delà de l’émotion la communion. Rien ne fut enregistré car ce n’était pas le but. Il m’accorda ainsi de manière aimable ce rendez-vous sans objet d’un prêtre québécois qui échangea avec lui sur la voix humaine incluant le silence.

Michael Lonsdale double la voix française du Padre Pio dans un long film qui lui est consacré. On ne pouvait trouver mieux dans la douceur et la colère, car le Padre Pio eut des colères et de la douceur dans sa vie.

La voix de Jésus est semblable. On ne l’entend pas de manière humaine mais on peut l’entendre dans le silence. Ce qu’elle devait être impressionnante alors qu’Il racontait les paraboles ou, à cercle fermé, il les expliquait aux Apôtres. Et quand il prit les fouets pour chasser les marchands du Temple, ce devait être non moins percutant avec son accent de Galilée.

La voix humaine est un amalgame de sons, de silence, d’hésitations, de modulations, de changements, de souffles, d’univers. De cette manière la Parole de Dieu qui parle prends tous ces chemins. Et « la foi nait de ce que l’on entend. » écrira Paul de Tarse. Il s’agit bien de la voix.

Michael Lonsdale, ce fut un bonheur et un privilège de vous rencontrer. Que Dieu vous comble du silence de son Amour.

Denis Veilleux