La tunique de Jésus a subi toute une raclée. Dans la nuit de jeudi, à Gethsémani, elle fut trempée de sueur, et du sang sur le rebord du col. Cette tunique sans couture, écrit Jean, il la portait dans ses déplacements. Ce jeudi-là , assez tard, on vint l’arrêter avec des gardes portant des torches pour s’éclairer et heureusement l’identifier par un des siens, Judas, qui devait l’embrasser pour le désigner. La tunique de Jésus reçut des bras de Judas une pression d’amitié trahie. Puis, emmené aux prisons des Grands-Prêtres, Jésus fut placé à cet endroit parmi les bêtes ; des prisons-étables creusées dans les cavernes. De là, il fut emmené chez Caïphe et la tunique se promena entre Hérode puis Caïphe encore. Le vêtement était tellement parlant devant le silence de Jésus. La tunique du Fils de l’homme, du Messie, sans couture, Une comme le Père et Lui.

Puis, ce fut la débandade! On le mit au cachot de la forteresse Antonia où les soldats cuvent leur vin de haines nuit et jour. Voyant qu’il ne ferait pas long feu, ceux-ci décidèrent de jouer avec lui comme on joue aux jeux de la mort. La tunique froissée, Jésus fut amené le vendredi matin devant Pilate et devant une foule soulevée par les chefs religieux qui voulaient sa peau. Pilate le regardait de haut en bas et voyait la tunique sans couture de cet homme sans défaut, sans motif de condamnation pour déchirer sa vie. Et de fil en aiguille, il finit pas casser et remit l’homme et sa tunique, rougie par le sang de la flagellation, aux soldats, via Dolorosa, vers la peine capitale. Enlève la tunique, remet la tunique, enlève à nouveau la tunique. Un torchon!

Et sur le Golgotha, alors qu’on se distribuait les derniers effets du condamné à mort, voyant que c’était un vêtement de qualité, les soldats ne le déchirèrent pas comme on en avait l’habitude, mais on le tira au sort! Le gagnant chanceux reparti avec, laissant le Fils de l’homme nu sur sa potence. L’histoire ne dit rien de la suite.

La tunique de Jésus, c’est son Corps maintenant et toujours. Il a revêtu le vêtement de Gloire par l’abaissement de sa Passion jusqu’à sa mort où il remit non seulement tout de Lui-même, mais jusqu’à son souffle…

Ainsi Jésus habillait-t-il, comme le fils prodigue le fut par son père, l’humanité qui depuis longtemps avait déchiré les feuilles du premier Jardin pour cacher sa nudité.

Jésus, par sa pauvreté, nous donna toute sa richesse, celle d’un vêtement nouveau pour une Humanité nouvelle à la louange de la Gloire du Père.

Denis Veilleux, prêtre