Vous aurez sans doute remarqué que notre société exige tant de fois des excuses, surtout dans un contexte de droits et libertés à fleur de peau. Ces excuses viennent de propos dérapant, de paroles parfois vulgaires ou de gestes que l’on dit inappropriés. Tout un vocabulaire pour tenter de sortir des impasses que l’on crée maladroitement ou de stratégies pour faire croire l’énormité d’une souris. Et c’est souvent le cas. Des acteurs, actrices, comédiennes et comédiens, hommes et femmes publiques, en affaires ou politiciens; toute cette ribambelle est appelée au tribunal des excuses.

Mais ce qu’on n’entend rarement c’est l’acceptation des excuses. Les excuses faites, on passe à autre chose. Pourrait-on entendre : nous acceptons vos excuses ou vos excuses sont vraiment appréciées. Ce langage n’existe pas. On passe à autre chose mais on a eu ce qu’on voulait, des excuses point-barre.

Ainsi s’effrite la sincérité, le véritable enjeu de tous ces débats. Et après la sincérité qui n’est pas au rendez-vous survient le doute, le soupçon sur les véritables intentions.

Comment voulons-nous croire les uns et les autres quand ceux-ci formalisent le monde des excuses comme des papiers mouchoirs que l’on met à la poubelle.

Dans cette année de la miséricorde nous sommes à cent mille lieues de ces politesses orchestrées. La miséricorde ne peut se passer de la vérité. Elle s’exprime que par la vérité.

La miséricorde est le constat clair d’un manque, d’une erreur importante ou d’un péché dont la gravité ne pourra être délivrée que par la bonté, le pardon et l’amour.

Dans l’Évangile les scribes et pharisiens ont tout au moins raison dans l’affirmation que Dieu seul peut pardonner les péchés. Mais ils ne croient pas en Jésus qui se révèle comme le Fils de Dieu. Dieu se montre, parle, agit en Jésus son Fils. Alors, ne croyant pas en Lui comme Fils de Dieu ils ne cessent de l’accuser de se faire l’égal à Dieu. Le Fils de Dieu c’est aussi le Fils de l’homme qui a reçu du Père le pouvoir de pardonner les péchés. Et ce pouvoir, Jésus l’a remis entre les mains de l’Église des premiers Apôtres qui continuent jusqu’à maintenant et jusqu’à la fin des temps de ce monde à pardonner les péchés de l’humanité au nom du Père, et du Fils dans la Puissance de l’Esprit-saint.

Nous sommes loin de simples excuses, graves ou anodines.

La miséricorde est la libération profonde des prisons intérieures que nous avons bâties par l’enfermement lié à nos orgueils, nos fantaisies d’égoïsme qui souvent ont blessé l’autre, les autres et soi-même, et Dieu.

Alors que la société exige des excuses, la miséricorde de Dieu invite au pardon et Dieu Lui-même se manifeste en Jésus pour nous demander d’y croire. Crois-tu en cette Miséricorde de Dieu qui peut t’embrasser comme le père de l’enfant prodigue, te laver, t’habiller d’un vêtement propre qui sent bon, offrir des sandales à tes pieds fatigués et mettre à ton doigt tremblants un anneau? Crois-tu cela? Le crois-tu pour toi et pour les autres?

Dieu ne s’excuse pas de pardonner!

Denis Veilleux