Récemment, lors d’une entrevue accordée à un journal espagnol, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Vatican, surnommé le numéro 2 après le pape François, déclarait que l’Occident ne souffrait pas d’abord d’une perte de la foi mais de la perte de la raison. Tout un choc! Il reprenait les grands débats qui non seulement touchent à la vie humaine et leurs lois déshumanisantes que l’on affirme très humaines, mais également tous ces mouvements du corps de l’humanité qui réinventent un monde désarticulé. La perte de la raison est une faillite humaine et spirituelle importante et rejoint aussi l’Amérique.

La pandémie est mondiale, nous le savons. Est-ce un problème d’hygiène externe qui est entré par une porte que nous ne soupçonnions pas? Toutes les voix se font entendre, des plus sérieuses aux plus farfelues. Nos comportements humains, nos décisions écologiques, nos pressions politiques, et tous ces jeux de pouvoirs auxquels nous assistons, nous amènent à réfléchir sur cette perte de la raison.

Mais qu’est-ce que la raison? Un carré de sable? La logique de ceux qui achètent tout?Les envahisseurs sans scrupule? Les résultats de la Bourse? Nous assistons en temps réel à tant d’injustices et nous sommes sans pouvoir. Or, notre raison nous avise que quelque chose se passe sous nos yeux, les yeux de la recherche de la vérité. Les pays en guerre, les coups d’États, les génocides, et l’ONU qui court partout pour dénoncer, rappeler l’équilibre du droit, la liberté de pouvoir choisir la démocratie? Et les démocraties qui risquent d’être des illusions de faux choix. Facile de perdre la raison et bien difficile de la retrouver.

La perte de la raison. Une réflexion qui n’est pas près de finir avec tout ce que l’on entend.

On remonte à la rupture des origines, à cette Genèse où la désobéissance envers Dieu est l’écho de la parole du Serpent : « vous deviendrez comme des dieux. » La confusion du bien et du mal est une potion qui révèle le miroir défigurant de la perte de la raison.

Dans l’Évangile, Jésus dit que « l’on reconnaît l’arbre à ses fruits. » Et si la terre était un arbre, serions-nous en mesure de poser la question sur les fruits actuels de la planète et ses habitants? Dans la mentalité biblique quand le désert s’installe, c’est l’âme du peuple qui est en cause et l’appel au changement intérieur, à la profonde conversion. Les yeux de la vérité ne peuvent se détourner du bien réel, du bien-être des autres, de la rencontre de l’amour dans la fraternité.

Denis Veilleux