C’est un lointain souvenir. Lorsque j’étais vicaire en paroisse, j’ai fondé des Fraternités de jeunes de 15 à 25 ans. Chaque année nous avions des rencontres et activités fort intéressantes. L’une d’elle s’appelait ‘La Nuit la plus longue.’ Le jeudi-saint, à minuit, toute la Fraternité des jeunes se retrouvaient devant des centaines de jeunes de leur âge et donnait un spectacle que j’avais écrit. C’était extraordinaire. On m’en parle encore!

Une année j’avais élaboré une scène autour de la femme prise en délit d’adultère, amenée devant Jésus par des hommes aux mains pleines de pierres afin de régler son compte. Elle était emmurée vivante et Jésus l’a libéré par une parole : « que celui qui est sans péché lance la première pierre. » Il n’y en eut jamais.

‘Emmurée vivante’ m’est revenue comme l’expression la plus juste non pas pour condamner mais pour comprendre ce que nous sommes en train de vivre comme drame social lié à la détresse chez les jeunes. La pression et la performance partout exigées comme une loi sans appel les étouffent. Emmurés vivants, ils souffrent de ne communiquer que virtuellement. Ils sont seuls. Dans les familles, les textos semblent avoir remplacé la langue verbale. Ils passent leur temps devant les écrans et quand ils ne le font pas ils angoissent.

Je l’ai déjà exprimé antérieurement. Nous assistons à un phénomène où un autre membre du corps s’est imposé. Le rectangle portable partout dans les mains, aux oreilles, devant les yeux, est devenu un membre externe de l’humain. Si tu n’as plus de portable ou l’a égaré, tu tombes dans l’angoisse du vide. Et nous pouvons traduire : où suis-je? Que vais-je devenir? Comment pourra-t-on me joindre? Ça ne dure que quelques secondes mais elles sont devenues de trop.

On parle maintenant d’offrir aux enfants très jeunes des éléments pour faire face à ces nouveaux défis. Les professionnels de la santé expriment ces symptômes en terme de maladies à traiter. Étrange cependant que notre société offre en même temps une gamme de produits légaux pour s’évader.

Le cardinal Marc Ouellet, alors archevêque de Québec, avait décrit cette société telle que nous la retrouvons aujourd’hui lors des audiences de la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements religieux. Il avait donné un diagnostic de notre société en des termes semblables. Une société fragile, dont le plus grand mal était le vide spirituel. Jean Vanier dirait : « la maladie du souffle. »

Lorsque j’étais petit, j’entendais les grands se dirent entre eux : bonne chance! Maintenant j’entends : Bon courage! Et très souvent, pas un mot, mais un geste avec la main qui frappe une autre main comme si le marché du futur était conclu.

Denis Veilleux