Vous aurez sans doute remarqué que l’Église catholique n’aura pas usé le vocabulaire de sa langue pour parler de ce que nous voyons chez nos voisins américains depuis plusieurs mois. Il y a comme un principe de ne pas faire de politique et d’éviter de s’immiscer dans la sphère des choses de monde.

Il y a eu cette phrase du pape François lors de son séjour au Mexique en février dernier. L’Église n’érige pas des murs mais construit des ponts.

 Visiblement, il faisait référence, en général, aux murs qui s’élèvent dans le monde et qui séparent des peuples. Celui de Bethléem et l’éventuel mur séparant le Mexique des États-Unis et ceux qui sont millénaires.

C’est à peu près tout. Pour le reste on laisse à César ce qui lui appartient.

Mais qu’est-ce qui appartient à César? Son empire, son palais, ses avoirs? Peut-être, mais il y a plus grave. Ce sont les êtres humains qu’il prétend gouverner et posséder. César n’était pas à la tête d’une démocratie mais d’un empire qui régnait partout sur les terres incluant le Moyen-Orient. Ils étaient les maîtres par la force et la puissance de leurs armées. On leur devait tout.

Cette pression a fait surgir des mouvements de révolte. Nous les distinguons très bien dans les Évangiles. Ce sont les Zélotes. Ils s’étaient donnés comme mission de résister à Rome et s’il le faut avec l’épée.

Rendre à César ce qui lui appartient c’est peut-être se détourner de cette quête du pouvoir qui brille comme l’argent de l’or. C’est lui rendre sa monnaie de manière pacifique, sans violence, mais avec cette liberté de parole qui seule peut nous garder dans la dignité. Autrement nous assistons à un massacre de mots plus laids les uns que les autres.

Rendre à César ce qui est à César c’est le laisser courir lui-même, là où il veut, mais avoir le courage de reparler des ponts au lieu des murs, du cœur au lieu de l’épée et de la confiance au lieu de la terreur. C’est sans doute avoir l’idée de François d’Assise de se rendre en Terre Sainte, assiégée par les troupes du Sultan, et le regarder dans les yeux avec la pauvreté qui le rend lumineux. Le Sultan fut impressionné par ce petit homme venu d’Italie et qui aimait Jésus.

Il n’y a que l’amour qui peut construire des ponts. Un amour qui ne se nourrit pas de soi-même ni des autres mais qui se donne. Qui nous montrera cet amour qui se donne? Ne le voyez-vous pas? Il est sur la route comme un voyageur qui sait où il va. Sans relâche il parcourt mers et mondes avec son cœur ouvert et ses mains trouées de lumière.

Ce ne sont pas des mots de poésies, ce sont les mots de la foi, ceux qui déplacent les montagnes et qui nous ouvrent la mer et le monde.

Ne nous a-t-il pas préparés à le chercher et à le trouver en nous disant : quand le Fils de l’homme reviendra trouvera-t-il encore la foi sur la terre ?

Il n’y a que toi et moi qui pouvons le penser. Non seulement y penser mais le croire.

Denis Veilleux